Entretien exclusif (1ère partie) : Caroline Pizzala, sang pour sang Olympienne
Entretien réalisé par Philippe Serve
Première rencontre avec Caroline Pizzala, l’un des poumons de l’Olympique de Marseille féminin 2014-15…
28 ans, 17 fois internationale A, « Caro » apporte toute son expérience à un groupe jeune et ambitieux. Elle a répondu pendant près d’1h30 à toutes nos questions, avec une disponibilité et une gentillesse jamais prises en défaut, sans langue de bois, et avec toujours une remarquable lucidité… Clairefontaine, le PSG, l’Équipe de France, le professionnalisme, et l’OM bien sûr sous toutes ses coutures, celui de la section féminine d’aujourd’hui, mais aussi de demain : Caroline a tout passé en revue. Pour notre plus grand bonheur !
1ère partie :
Où Caroline nous parle de ses années à Clairefontaine, au PSG, en Équipe(s) de France, de la Coupe du Monde 2011 en Allemagne, du professionnalisme…

Bonjour Caroline. Tout d’abord, un grand merci pour avoir accepté cette demande d’entretien. Peux-tu évoquer ta première période marseillaise, toi la native de la ville, avant de rejoindre le PSG en 2007-2008 ?
J’ai commencé à jouer avec les filles à l’ASPTT Marseille, puis j’ai rejoint le Celtic Marseille [aujourd’hui FAMF] afin de poursuivre mon évolution, puisqu’à l’époque il n’y avait pas d’équipe ASPTT au haut niveau, j’y évoluais avec les jeunes. Au Celtic, j’ai connu mes premières sélections en équipes de France. Ça s’est bien passé dès le départ. J’avais seulement 14 ans, et ai intégré un groupe beaucoup plus âgé que moi, la plupart étant mes aînées de dix ans.
Avant tes 14 ans, tu jouais avec les garçons ?
Oui, tout à fait. Jusqu’à l’âge limite de 13 ans, toujours en mixité. Avec mon tout premier club, le MSO (Marseille Sud Olympique), puis l’ASPTT. Je pense que jouer avec des garçons le plus longtemps possible est une excellente chose.

Caro capitaine de l'EdF U19 vice-championne d'Europe
Que t'a apporté ton année à Clairefontaine (2005-06) ?
Au bout de 4 saisons au Celtic, je suis partie effectivement un an à Clairefontaine, pour pouvoir continuer à évoluer en équipe de France U19, car le Celtic jouait en D2. Or, si je voulais rester en sélection, je devais jouer en D1. À cette époque, Clairefontaine avait son équipe, le CNFE, qui évoluait en D1. Du coup, je ne redescendais quasiment pas, puisque tous les week-ends j’avais match avec le centre de formation. Ce fut une superbe saison, une très belle année au point de vue football. Beaucoup plus dur au niveau études, car moi je n’étais pas entrée dans le cursus normal de Clairefontaine où on arrive en général pour y étudier en Seconde, Première, Terminale. Moi, j’ai intégré le Centre après avoir eu mon Bac, et j’étais à la Fac (Licence STAPS), sauf que la distance Clairefontaine-Fac signifiait du transport toute la journée. Vraiment ingérable en termes de fatigue, compliqué. Donc, je n’ai fait qu’un an pour ces raisons scolaires, impossible de gérer les deux… Mais j’en garde un très bon souvenir sportif. J’ai pu continuer à jouer en sélection, j’étais titulaire au lieu de remplaçante, car je m’entraînais tous les jours. J’ai connu un Championnat d’Europe où j’ai joué tous les matchs, j’étais capitaine (1). Ça m’a permis d’assoir ma place au sein de l’EdF.
Tes coéquipières à Clairefontaine ?
Pas mal de joueuses que j’ai retrouvées par la suite au PSG : Laure Boulleau, Sabrina Delannoy, Jessica Houara… Jessica est venue avec moi au Celtic, d’ailleurs, quand j’ai quitté Clairefontaine et suis repartie à Marseille. Nous avions le projet de monter en D1 avec ce club.

« Au PSG, je me suis faite pas mal chambrer ! »
Un an plus tard, au début de la saison 2007-2008, tu as 20 ans, tu pars au PSG où tu resteras 7 ans. Dans quelles conditions es-tu montée à Paris ?
En fait, au départ, je devais signer à Montpellier, c’était quasiment bouclé, et puis ça a capoté au dernier moment. Je me suis un peu renseigné auprès des autres clubs, mais Paris, je connaissais beaucoup de filles de Clairefontaine qui y étaient retournées, voilà... Ma préférence était de demeurer dans le Sud. Paris ne me tentait pas trop à cause de mon expérience à Clairefontaine telle que je l’ai expliquée. Je savais que ce serait complètement différent, je serais autonome avec mon appart’, pas d’internat, livrée à moi-même. Mais une bonne expérience à tenter. Difficile les premiers mois. Mais sur le football, je m’y retrouvais. Je connaissais la plupart des joueuses, ça s’est donc fait assez naturellement…
Pour la Marseillaise bon teint que tu es, supportrice inconditionnelle de l’OM, ça devait te paraître bizarre de porter le maillot du PSG… Quel fut ton accueil là-bas ?
Ah oui, oui, c’était assez particulier ! Je me suis faite pas mal chambrer. Pendant les PSG-OM de L1, sans arrêt, « Paris ! Paris !», moi « OM ! »… Ça mettait aussi un peu de piment et de rigolade. Je n’étais pas la seule à être montée du Sud, il y en avait eu les années précédentes. Après, sûr que ce n’est pas commun, les Marseillaises qui vont jouer au PSG ! (rires)

Une Marseillaise sous le maillot du PSG
Tu te rappelles du premier jour où tu as enfilé le maillot du PSG, et de ton sentiment précis de Marseillaise à cet instant ?
Ça ne m’a pas dérangé de porter ce maillot, j’ai trouvé ça rigolo ! Je l’ai vraiment pris comme ça, sur le ton de l’humour. Mais bon, ça reste un club français. Et une fois engagée là, pas de problème. Ça m’a simplement fait rire ! Et puis c’était facile avec toutes ces filles que je connaissais déjà. Elles m’ont aidée, elles jouaient là depuis un an ou deux pour la plupart. Plus facile en fait que quand je suis arrivée au Celtic, où je ne connaissais personne, en étant très jeune.
Quelles sont les joueuses dont tu t’es sentie la plus proche pendant ton séjour à Paris ?
Surtout les filles que j’ai connues mes dernières saisons là-bas. Certaines, bien sûr, je les connais depuis longtemps, on s’était aussi suivies en sélections. Après, celles que j’ai vraiment appréciées, les dernières arrivées au club, quand la section s’est professionnalisée. Certaines venant de Lyon. J’ai retrouvé Véronique [Pons], avec qui je m’entendais très bien… Shirley Cruz, que j’ai appris à connaître, une joueuse réellement exceptionnelle… Aurélie Kaci… Voilà, ces filles-là…

« Porter le maillot de l’Équipe de France, toujours un bon moment »
À peine débarquée au PSG, tu débutes avec l'équipe de France A, après avoir connu les sélections U19 (dont tu disputes toute la finale de l’Euro en 2006, perdue contre l’Allemagne), U20 (tu joues la CM 2007) et U21, et en 2011 tu es appelée pour la CM avec les A en Allemagne. Quel souvenir gardes-tu de toutes ces aventures internationales, et de la CM 2011 plus particulièrement ?
Un très bon. Porter le maillot de l’Équipe de France est toujours un bon moment. De plus, j’ai pu jouer sur de grosses compétitions. On les vit bien sûr différemment selon que l’on est plus ou moins titulaire ou remplaçante. Ce n’est pas arrêté quand on part pour un tournoi, il peut y avoir des blessures, mais en général on sait à peu près dans
quel statut on va être. J’en ai disputé certaines en équipes de jeunes en tant que titulaire, autre chose, j’en garde vraiment de très bons souvenirs… En A, pour la Coupe du Monde 2011, difficile de se dire qu’on va être titulaire, connaissant les joueuses avec lesquelles on y va. On le sait dès le départ... Mais ce fut une très, très belle expérience, et surtout une grande compétition. Je suis tombée, je pense — pour en avoir discuté après avec les filles — sur le début de la reconnaissance du foot féminin français. Les médias ont été beaucoup derrière, ont suivi le tournoi. Nous, nous étions protégées, on ignorait tout ça. Mais quand nous avions nos proches au téléphone, on découvrait que nous passions sur beaucoup de chaînes télé, ça en parlait beaucoup... Et puis, l’équipe jouait très, très bien, proposait vraiment un beau jeu… Donc, il s’est produit un engouement autour de cette Coupe du Monde à laquelle j'ai participé, et qui a fait que, même si j’avais très peu de temps de jeu, c’était beau à vivre... Les stades pleins, avec une bonne ambiance, en Allemagne où le foot féminin est très développé, donc beaucoup de monde... Non, franchement, très, très bon souvenir... On rêve toujours de jouer plus, mais j’étais déjà très contente de vivre une telle compétition puisque je me doutais que ce serait sans doute une des seules chez les A… Bon, dommage qu’il n’y ait pas eu une médaille, car je crois que ça aurait permis de développer encore plus notre football…

Caro en conférence de presse, Coupe du Monde 2011
Tu as été déçue de ne pas être rappelée par la suite en A ?
Déçue, oui et non, car il y a eu des circonstances… Je suis entrée en école de Police, et là, difficile pendant mes trois mois d’école de pouvoir être détachée. Donc, période de flottement : appelée, pas appelée, possible, pas possible… J’ai refait un match en septembre 2011 à Bollaert, à Lens, contre la Pologne. Ça s’était bien passé, j’étais entrée en jeu... Puis environ 15 jours après, j’ai intégré l’école de Police, et de là je n’ai plus connu la sélection. Je n‘ai pas trop compris. Je pense qu’il y a eu une incompréhension… peut-être des deux côtés. Moi, au niveau de l’école, si on me prévenait assez tôt, il y avait des moyens de s'arranger. Donc, je ne sais pas… Je ne crois pas que ça tenait à mes performances, car je continuais à jouer avec le PSG. Se sont-ils dit, « Professionnellement ça va devenir compliqué, alors on préfère partir sur d’autres joueuses » ?… Je ne sais pas, je n’ai pas eu d’explications… Alors, oui, ça laisse un peu un goût d’inachevé, le fait de ne pas savoir pourquoi ça s’est arrêté net. Après, c’est la vie ! (rires) J’ai continué à jouer, un nouveau sélectionneur est apparu, voilà... Je pense que quand j’aurais pu être appelée, je ne l’ai pas été, et quand je n’aurais peut-être pas dû l’être sur mes premières sélections, je l’ai été… Ce sont des choix, c’est comme ça !
« Être professionnelle, un autre style de vie »

L'expérience professionnelle au PSG. Bientôt avec l'OM ?
Au début de 2012-13, tout change au PSG qui se professionnalise, avec l’arrivée de QSI au club. Tu joueras deux ans dans ce contexte. Que t’a apporté cette expérience professionnelle, et en quoi t’a-t-elle aidée à progresser ?
Ça m’a apporté au niveau des entraînements, tout ce qui relève de la programmation au quotidien. La vie change complètement. On vit pour le foot et rien que ça… Nous passions totalement professionnelles, à la disposition du club, avec l’obligation de se fondre dans ce projet-là. Si nous n’étions pas à 200 % derrière, ça ne collait pas. Nous devions nous mettre dans la tête que c’était notre métier, avec beaucoup de contraintes. Des avantages aussi, bien sûr, mais voilà, j’allais au travail quand j’allais au foot… Se préparer au mieux, ce qui engendrait beaucoup moins de sorties, faire attention la veille des entraînements si l’on voulait être à 100 % sur le terrain le matin à 10 h... On vivait un peu à l’inverse des gens qu’on croise au quotidien. Souvent, les après-midi, je n’avais rien. Par contre, tous les soirs, il fallait que je sois chez moi… Une autre gestion, un autre style de vie, radicalement différent. Ça correspondait à ma vision du foot, ce professionnalisme à 200 %. Ce que je cherchais, et pourquoi j’avais souhaité me lancer dans ce projet. J’ai dû quitter la Police.
Sens-tu le PSG d’aujourd’hui capable de supplanter Lyon qu’il a éliminé de la Ligue des Championnes ?
Oui, bien sûr, il y a eu un déclic... J’étais au début du projet. La 3ème saison a débuté. Chaque année, ils recrutent, mais pas avec le simple objectif d’augmenter l’effectif. Il s'agit de recrutements de haute qualité individuelle, comme les trois Allemandes et la Suédoise cette année (2). La saison prochaine, ils recruteront encore. Là, elles vont réaliser un très beau parcours en LdC. Pour le titre de Championne de France, je ne pense pas que Lyon lâche. Mais déjà, avoir éliminé Lyon en 1/8e de LdC… Le « plus » que les Lyonnaises avaient : le groupe se connait depuis déjà 5 ou 6 ans, alors que Paris c’est 2 ou 3 ans maximum pour celles présentes au début du projet. Mais elles seront encore plus fortes l’année prochaine, l’équipe continuera à se développer parce que c’est leur politique, jusqu’à ce qu’il y ait des titres. Ils ne seront peut-être pas aussi patients que Lyon a pu l’être, mais ça va venir et, à mon avis, très vite…
- L’EdF U19, sous le capitanat de Caroline, et entraînée par Stéphane Pilard, ne fut battue qu’en finale de l’Euro par l’Allemagne, à Berne, le 22 juillet 2006, après 6 victoires en 6 matchs dans le tournoi. Dans cette équipe de France, on trouvait aux côtés de Caro, des joueuses comme Marie-Laure Delie, Eugénie Le Sommer, Jessica Houara, Nora Coton-Pélagie, Inès Dahou, ou encore Véronique Pons… En face, figuraient notamment une certaine Nadine Keßler (capitaine), Fatmire Bajramaj (aujourd’hui Alushi), Babett Peter, Anna Blässe. L’Allemagne l’emporta 3-0 grâce aux sœurs Kerschowski (2 buts pour Isabel, 1 pour Monique)…
- Lira Alushi (ex-Bajramaj), Josephine Henning, Ann-Kathrin Berger, et Caroline Seger.
[Lire la 2e partie Où Caroline nous parlera de son arrivée à l’OM, de la D2 et de l’arbitrage, des Olympiennes, de Léa Rubio et Charline Marcilly, de la saison en cours, de l’exigence professionnelle, de Christophe Parra, de Louisa Nécib et Shirley Cruz, de l’avenir de l’OM féminin, des supporters…]
P.S.
Entretien réalisé par téléphone le 12 décembre 2014.
© Philippe Serve / Olympiennes et Marseillaises
Photos : OM.Net, Canal Supporters.com, actifforum.com, fansoccer.de, weltfußball.de, FFF, Viranesque, psgfeminines
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