Olympiennes : questions, après un nul qui vaut défaite
Par Philippe Serve
Grosse désillusion pour les Olympiennes et leurs supporters ce dimanche. Passées en tête du championnat dimanche dernier après sa victoire chez le leader Nîmes, les filles de l’OM ont laissé filer deux points à domicile face à leurs voisines marseillaises du FAM, après avoir joué en supériorité numérique presque tout le match, et mené 2-0 à une demi-heure de la fin. De quoi s’interroger…
Trois matchs en arrière, à Nivolas-Vermelle, les filles de l’Olympique de Marseille dormaient encore au coup d’envoi. Conséquence : face à une équipe de milieu de tableau, elles se retrouvèrent menées 0-2 au bout de 13 minutes. Puisant dans leurs ressources, appuyées sur leur mental, mais aussi leur talent, elles revinrent à 2-2. Nous avions titré au lendemain de ce résultat : « Un nul pas si nul que ça ». Renverser une telle situation est toujours un signe positif, même si l’entame du match avait inquiété…
La semaine suivante, à domicile, l’OM se retrouva à 11 contre 10 avant même la pause contre Véore-Montoison, autre équipe du ventre mou de ce groupe C de D2. Pourtant, les Olympiennes encaissèrent un but en début de 2e mi-temps et durent, une fois de plus, courir après le score. Cette fois, elles parvinrent à renverser la vapeur et s’imposer (2-1). Pas de quoi être fières, si ce n’est, encore et toujours, de cette aptitude à ne jamais rien lâcher jusqu’à la dernière minute. Christophe Parra fut irrité et évoqua alors une certaine suffisance montrée par ses joueuses, jugement qu’il adoucira plus tard, mettant ces deux matchs ratés dans leur contenu sur le compte d’une « digestion de toute la saison dernière »…
Puis ce fut le grand choc tant attendu à Nîmes, et la victoire (1-0) arrachée justement sur le plan psychologique et avec les tripes. Au lendemain de cet exploit, l’entraîneur de l’OM, s’il s’en réjouissait, ne voulait penser qu’au match à venir, une autre rencontre à gagner, contre le FAM…
On connait désormais la suite : des Olympiennes qui bénéficient encore une fois d’une supériorité numérique, et ce, dès la 8e minute, ouvrent le score — Pourquiès d’un lob subtil de l’entrée de la surface, après que Cousin se soit heurtée à la gardienne Zarate (37’), puis 2-0 dès la reprise par Cousin (47’) — (plus deux barres transversales en l’espace d’une minute en première période, Cousin et Pourquiès), gâchent une balle de 3-0 (Vallet, tir trop croisé), et finissent… à 2-2.

Si l’on doit féliciter les joueuses du FA Marseille, aussi bien pour la qualité de leur jeu que pour avoir su revenir dans le match et au score sur deux coups de pied arrêtés — coup franc repris de la tête au second poteau par Bayle, totalement délaissée par Montagna et M’Bassidjé (60’), puis pénalty de Moziyan cinq minutes plus tard, suite à une faute indiscutable de Marcilly (65’) —, la pilule n'en reste pas moins difficle à avaler…
Notons aussi que le FAM avait touché la barre en début de match, qu’Anaïs Hatchi dut encore sortir de somptueuses parades, que Laure Roffe-Vidal sauve sur la ligne, et même que l’expulsion de Méresse dès la 8e minute, si elle est logique (Cousin partant seule au but) est malheureuse, car la joueuse touche accidentellement et non volontairement la petite attaquante de l’OM.
Pourquoi ?
Les Olympiennes étaient prévenues. Leur victoire à Nîmes et la position de leader du groupe qui en résultait n’étaient en aucun cas synonymes de D1. Christophe Parra ne s’y trompait pas, qui nous déclarait dans la semaine : « Encore une fois, restons humbles. Dans ces moments-là, rappelons-nous d’où l’on vient. (…) On joue un match dimanche, voilà. Qui nécessitera encore une fois beaucoup, beaucoup de concentration, d’application. On repart à zéro. Voilà une nouvelle semaine. Pour rester en haut, il est important de rester concentré dans notre tâche de la semaine. »

Questions en vrac et tentatives de réponses:
Avant d’apporter notre analyse, précisons que nous ne le faisons que pour contribuer au débat, en toute humilité, et sans vouloir prétendre nous substituer à qui que ce soit. Les réponses aux questions (et les formulations mêmes de celles-ci) restent du ressort exclusif du staff, à qui nous faisons d’ailleurs confiance.
- Le message de l’entraîneur est-il passé ?
Le bon sens semble dire : « Visiblement, non. » Mais seul Christophe Parra, qui connait ses filles et son groupe de l’intérieur, peut répondre.
- Les joueuses étaient-elles pleinement appliquées et concentrées ?
Là encore, la réponse ne peut que tendre vers la négation. Appliquées et concentrées, elles l’étaient à Nîmes contre une équipe plus redoutable que le FAM (sans enlever à celui-ci ses qualités) et surent résister, marquer, résister, gagner. Ici, dans les circonstances évoquées plus haut, elles ont cédé… Le premier but du FAM peut servir de révélateur, avec Bayle laissée seule au 2e poteau. Manque d’application, manque de concentration. Plusieurs situations chaudes sauvées par Hatchi révèlent aussi ces manquements.
- A-t-on le droit de se faire ainsi remonter au score avec une telle situation favorable ? Ne peut-on parler pour ces joueuses au statut amateur de vraie faute professionnelle ?
Oui, forcément il y a faute collective. Ce nul concédé laisse un goût très amer de défaite. Quand on est l’Olympique de Marseille, avec les ambitions qui animent cette section féminine, les moyens mis à sa disposition, et un scénario idéal, on n’a pas le droit d’échouer de cette façon. On se souvient de ce match d’avant-saison, en préparation, où ces mêmes Olympiennes menaient 2-0 contre Nîmes, avant de s’incliner en prenant trois buts en toute fin de match (2-3). Et ce jour-là, l’OM avait largement dominé son adversaire. Ce ne fut pas le cas ce dimanche contre le FAM.
Les joueuses de l’OM doivent apprendre à rendre à chaque match, à chaque match, ce qu’elles reçoivent du club, du staff, de leurs supporters (ont-elles seulement idée du nombre de ceux-ci qui les suivent et croient en elles dans le monde entier, pas seulement au bord des pelouses, comme le suivi de OM.Net, de la page FB officielle du club, mais aussi de ce Blog et des Live les jours de match sur notre compte twitter le montre ?). Et surtout, apprendre à se dépasser, à se sublimer à chaque rencontre. Elles n’ont pas abordé ce championnat de D2 dans la peau de favorites. De simples outsiders. Ce qui entraîne une obligation de se battre, le couteau entre les dents, à chaque match. Être obsédées par le respect du jeu, des consignes, de l’animation défensive et offensive édictée par l’entraîneur. Ne penser qu’à « gagner la victoire », et pas seulement la récolter comme un fruit mûr à ramasser sans effort. Se comporter et jouer en professionnelles, même si elles n’en ont pas le statut. La D2 féminine refuse les à-peu-près, la facilité, la cool attitude, la suffisance. Elle est un champ de bataille où il faut s’arracher, s’arracher, s’arracher sans cesse. Ce groupe s’est hissé trop souvent à la hauteur espérée (Claix, Nîmes) pour que nous doutions de ses capacités à rééditer ces performances. Mais ne le faire que de temps à autre ne suffira pas. Un/e champion/ne est celui/celle capable de répéter son excellence de match en match, semaine après semaine. Et ça, elles n’y arrivent plus.

- Qu’est-ce qui coince dans la machine si brillante du début de saison ?
Une large partie de la réponse figure ci-dessus. On peut ajouter que l’équipe semble avoir plus de mal à imposer son jeu à l’adversaire et à développer ses schémas tactiques. Une fois passés les premiers matchs boostés à l’adrénaline du début d’aventure, le déficit d’expérience pointe aussi son nez face à des joueuses pas plus talentueuses, mais plus rompues aux joutes du haut niveau. Trop de naïveté sans doute aussi, notamment en défense. Et puis cette digestion évoquée par Christophe Parra, sans doute pas achevée. Pas seulement celle de l’année précédente, mais aussi de ces quatre entraînements par semaine, le soir. Les semaines de déplacement, cela signifie une seule soirée « libre » dans toute la semaine. Les professionnelles ont toutes leurs soirées puisqu’elles s’entraînent la journée. Quand on est une jeune fille et que l’on aime forcément sortir avec ses amis, voilà qui n’est guère facile à vivre, on s’en doute.
- L’équipe a-t-elle atteint ses limites ?
Drôle de question, car justement, qui connait exactement les limites de ce groupe ? Christophe Parra lui-même s’en avoue incapable, tout en restant persuadé qu’il peut aller loin. Qui aurait affirmé qu’Alicia Pourquiès se montrerait au niveau de la D2, et continuerait à y enquiller les buts, tout en délivrant plusieurs passes décisives ? Elle est à l’image du groupe, ou plus exactement des joueuses venant des saisons précédentes, de DH et même de District. Prenons aussi l’exemple de la jeune Hadia Ben Abdelghani. Une anecdote : un an en arrière seulement, à Mouans-Sartoux. Autorisé par l’arbitre à rester au bord de touche durant la rencontre pour prendre des photos, je me trouve près d’Hadia au moment où elle s’apprête à tirer un corner. Je l’encourage, Vas-y, Hadia, délivre une passe décisive ! Elle me regarde en souriant, et répond de façon aussi charmante que sincère : « Si j’arrive à envoyer la balle jusque dans la surface, je serais déjà contente ! » Elle l’avait fait, bien sûr. Un an plus tard, elle joue en D2 — un peu comme si elle avait franchi la distance Terre-Mars — et y tient sa place. Là encore, qui l’aurait cru ? Mais elle, comme les autres, demeurent en apprentissage permanent. Alors oui, certaines joueuses vont sans doute atteindre leurs limites ou l’ont même déjà fait. Rien de plus normal. Les recrutements sont là pour compenser. Au staff de savoir déceler à temps ces limites, et d’y remédier.

- L’absence de sa capitaine Léa Rubio s’avère-t-elle insurmontable ?
Nous aimerions répondre « non », car une équipe reposant de manière déterminante sur une joueuse n’est qu’un colosse aux pieds d’argile. Mais l’honnêteté nous pousse à penser « oui ». Les faits sont là. Cet OM avec ou sans Léa n’est plus le même. Sa finesse technique, son intelligence tactique, sa grinta, l’exemple qu’elle représente sur et en dehors du terrain pour toutes ses coéquipières, son expérience du très haut niveau et, pour tout dire en un mot, son talent, paraissent aujourd’hui irremplaçables. D’où problème. Blessée et absente du match à Nivolas, convalescente contre Véore (elle n’entre qu’à l’heure de jeu alors que l’OM est mené 0-1, et ça se termine en 2-1…), suspendue contre le FAM, sans elle l’équipe balbutie, fragilisée telle une belle plante privée de son tuteur. L’arrivée à ses côtés de Caroline Pizzala, énorme depuis le début de saison, a peut-être renforcé encore un peu plus l’importance de Léa, libérée de certaines tâches ou, du moins, les partageants avec son ancienne coéquipière du PSG. La force principale de l’OM est son quatuor du milieu : Marcilly, Rubio, Pizzala, Pourquiès. Et même si nous détestons hiérarchiser les rôles, force est de constater que Léa est la plaque pivotante de l’équipe. Caroline Pizzala, très injustement exclue à la fin de la rencontre contre le FAM pour protestation auprès de l’arbitre sur le traitement dont ses chevilles étaient victimes et qui lui attira un 2e carton jaune, va aussi manquer. Croisons les doigts pour que la sanction ne soit que d’un match, et que ce jour-là Léa réponde bien présente.

- La défense doit-elle être pointée du doigt ?
Nous ne le ferons pas, car le football se joue à onze et que chacun, dès la perte de balle, se doit d’assurer sa part de travail défensif, attaquantes et milieux de terrain, afin de ne pas surexposer la défense à tous les dangers. Mais ne cédons pas à la langue de bois ou à l’aveuglement pour autant. Cette équipe encaisse trop, beaucoup trop de buts. Nous avons évoqué les 3 buts pris en amical en quelques minutes face à Nîmes. Depuis le début du championnat, l’OM en a encaissé 11 en 9 matchs, ce qui la place en 5e position seulement des défenses du groupe C. Nîmes, à nouveau leader, en a pris 5… La différence est énorme et s’avère plus cruciale que celle des attaques (OM, 2e attaque, 22 buts et Nîmes 5e attaque, 17 buts)… La défense olympienne est jeune et, surtout, très inexpérimentée à ce niveau. Aucune joueuse n’a l’expérience de la D2, pas une ! Pourtant, là encore, les qualités de certaines ne sont pas contestables (Hatchi, M’Bassidjé, la toute jeune Laplacette), mais il manque de toute évidence une patronne, une taulière avec de la bouteille. Et même sans doute deux. Les retours prévus en janvier de Pelloux et Blanc apporteront beaucoup, mais résoudront-ils le problème à eux seuls ? On aimerait le croire…

- L’OM doit-il impérativement recruter à la trêve ?
Cela semble une évidence. Christophe Parra a bien jugé la situation : pour reprendre ses termes, l’équipe avance sur un fil, au bord du précipice. Ce fil est fragile. Le renforcer parait donc une obligation. Le nom même de l’OM, le projet du club, sa détermination à visiter les sommets du football féminin français, doivent lui permettre d’attirer des joueuses de haut niveau et rodées à la D2, voire à la D1. Le championnat est très long, il reste 13 matchs, 5 mois de compétition, sans oublier les Coupes. L’effectif n’est pas si large que ça et, on y revient toujours, pâtit d’un manque d’expérience. On voit bien tout ce qu’apportent des joueuses comme Léa Rubio (qui sortait pourtant de près de deux ans d’inactivité) ou Caroline Pizzala. On peut souhaiter que le club ne s’arrête pas là, et sache aller plus loin, sans attendre… Alors, recruter ? Nous disons « oui », à condition de frapper fort dans ce domaine.
- Tout doit-il être remis en question ?
Bien sûr que non ! Le travail accompli jusqu’ici a été d’une qualité exceptionnelle, aboutissant à des résultats qui ont déjà dépassé toutes les espérances. Nous le répétons dans chaque article : l’OM est une équipe promue, et elle navigue au sommet de la D2, une seule défaite au compteur. Le bilan est remarquable. La méthode suivie par Christophe Parra et son staff nous semble la bonne, rien à dire là-dessus. Nous lui faisons confiance pour se poser les bonnes questions (il ne nous a pas attendus pour le faire !) et y apporter les meilleures réponses.
Les Olympiennes commencent à tâter les couches plus dures de leur aventure en D2. Il faut réagir, repartir de l’avant, en prenant les décisions qui s’imposeront. Certaines seront aisées, d’autres complexes, difficiles, voire douloureuses. Nîmes ne cèdera pas, Toulouse est désormais lancé comme une fusée, Le Puy, Monteux, Aurillac feront et déferont les Reines, si elles ne se couronnent pas elles-mêmes.
Les bases existent, le travail accumulé depuis un peu plus de trois ans s’avère très riche en enseignement, un carburant de qualité alimentant une belle machine. Mais celle-ci se grippe un peu. Christophe Parra nous confiait que le mois de janvier serait crucial. Et si c’était les deux prochains qui l'étaient ? Un déplacement à Blanzy, lieu semé d’embûches où Nîmes a éprouvé mille difficultés à s’imposer (1-0), puis face au Puy, aujourd’hui juste 1 point derrière l’OM ? Car les points perdus ne se rattrapent pas, et ceux engrangés ne se reperdent plus. Arriver à la trêve en ayant perdu le contact le plus étroit possible avec la première place, mettrait l’équipe dans des conditions bien difficiles contre des adversaires sachant par expérience (encore, toujours !) comment gérer au mieux les dernières lignes droites…
P.S.
Photos : OM.Net
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