OLYMPIENNES ET MARSEILLAISES

OM-Nîmes (1-1) : si proches...

13 Avril 2015, 13:11pm

Publié par Philippe Serve

Un joli geste d'Alicia Pourquiès qui aurait mérité meilleur sort.

Un joli geste d'Alicia Pourquiès qui aurait mérité meilleur sort.

 

Ce dimanche 12 avril, au stade de la Fourragère, l’Olympique de Marseille féminin a peut-être (sans doute ?) gâché sa dernière bonne chance de revenir sur les talons du leader du groupe C de D2, Nîmes Métropole, en lui concédant un match nul à domicile dans les dernières minutes de la rencontre (1-1). Cinq points continuent donc de séparer les deux équipes, à 4 journées de la fin du championnat.

 

 

Debout (g. à d.): Pourquiès, Blanc, M'Bassidjé, Pizzala, Cousin.

Accroupies : Montagna, Rubio, Benabdelghani, Hatchi, Laplacette, Marcilly.

On espérait du monde, et OLYMPIENNES ET MARSEILLAISES avait joué son rôle en appelant les supporters à venir encourager en nombre les Olympiennes. Le public était bien présent, y compris les supporters nîmois. Une belle assistance, un lieu inédit pour les filles que ce stade de la Fougère, et un temps splendide, ciel bleu immaculé et douce chaleur au rendez-vous. Nous nous disions : « Quel bonheur d’être là ! »

On attendait un match serré, fermé, engagé, indécis entre les deux meilleures formations de ce groupe C de D2, une rencontre qui basculerait sur un détail, peut-être un coup de pied arrêté. Effectivement, ce choc au sommet s’avéra âpre, avec un début de match très haché par des fautes sifflées parfois un peu vite, d’autres indiscutables.

Une partie des supporters présents et bruyants !

Anaïs M’Bassidjé remet ça…

Après quelques premières minutes semblant confirmer la prédiction d’une rencontre cadenassée à triple tour et où trop de joueuses se retrouvaient au sol, l’OM commença à déployer son jeu de passes rapides, passant pas les ailes. Pauline Cousin, positionnée par Christophe Parra sur l’aile gauche avec Alicia Pourquiès en pointe, donc comme au match aller, se montrait très présente et véloce. Avec une Caroline Pizzala omniprésente au milieu, une Léa Rubio à l’œil toujours juste et les deux arrières latérales Tess Laplacette et Lugdivine Montagna dans un grand jour, les Olympiennes commencèrent à imprimer une grosse pression sur la défense gardoise. Rubio échoua d’un fil sur Saez, la gardienne nîmoise (3’) à la suite d’une combinaison sur coup-franc Pourquiès-Pizzala, tandis que la grande Alicia voyait son corner rentrant faire passer un long frisson chez les supporters des Crocodiles, avant de réussir un retourné acrobatique qui passait au-dessus (15’)... Mais l’OM allait trouver la faille dans le bloc nîmois. Un coup-franc botté par Caroline Pizzala de la gauche à 40 mètres, M’Bassidjé lobée, Pauline Cousin qui dévie de la tête derrière elle (avec au passage une main nîmoise) et le ballon retombe dans les pieds… d’Anaïs. Déjà auteur du but vainqueur à la dernière minute du match précédent à Véore, M’Bassidjé ne se posait pas de questions et fusillait Saez (17’, 1-0).

Anaïs M'Bassidjé pour son 2e but consécutif en D2 !

Apprendre à tuer un match

Le crocodile était blessé et sonné. Les Olympiennes, ne relâchant pas leur étreinte, continuèrent de dominer leurs adversaires jusqu’à la pause, ayant pris le contrôle sans partage du milieu de terrain. Néanmoins, aucun but supplémentaire ne vint aggraver le tableau d’affichage, la plus belle occasion intervenant quelques instants après le but. Pauline Cousin volait le ballon à une défenseure, comme elle sait si bien le faire et filait dans l’axe. Hélas, son tir croisé frôlait le poteau droit de Saez… La pause intervenait sur ce score largement mérité de 1-0 pour une équipe marseillaise bien en place et qui avait su développer de jolis mouvements offensifs. Plusieurs occasions d’un côté, aucune de l’autre en dehors d’un tir sans aucun danger pour Anaïs Hatchi...

Les joueuses nîmoises, qui avaient quitté le terrain synthétique de la Fourragère le visage fermé et le regard inquiet, s’entendirent parler du pays aux vestiaires. Pourtant, rien ne changea vraiment à la reprise, l’OM continuant à avoir la main – ou plutôt le pied – sur le match. Les Gardoises n’arrivaient pas à approcher du but olympien, la faute à un bloc défensif quasi infranchissable. Avec une Charline Marcilly ratissant bon nombre de ballons devant elles, les quatre de derrière étaient en mode « mur ». Il faut signaler encore une fois ici la très grosse partie des deux latérales, Laplacette et Montagna, ainsi que la parfaite entente, si prometteuse pour l’avenir entre Amandine Blanc, étonnante de maturité et de sûreté après presque deux ans d’absence (et elle n’a que 19 ans) et Anaïs M’Bassidjé qui n’en finit plus de progresser à son nouveau poste.

Lugdivine Montagna, auteure d'un excellent match.

Tout allait donc bien. Sauf qu’en football, un but d’avance n’est pas grand-chose et une rencontre dure 90 minutes et même un peu plus. C’est pourquoi, quand on domine son adversaire et que l’on a des opportunités pour enfoncer le clou (un lob raté par Cousin, un trois contre un gâché par un service approximatif, un tir en bonne position raté par Pizzala), il faut savoir « tuer » le match. Les Olympiennes ne surent pas le faire... Les sorties successives de Pauline Cousin (moins en vue en 2e mi-temps qu’en 1ère) remplacée par Cécilia Vignal qui resta en position trop reculée (65'), puis celle de la capitaine Léa Rubio (à court de rythme ?) par Madeleine Anigo (77'), si elles ne semblèrent pas dans un premier temps peser sur le destin de la rencontre, finirent néanmoins par avoir un impact certain.

Le pressing nîmois monta en puissance, et les Crocodiles prirent possession du milieu de terrain dans les vingt dernières minutes. Les Olympiennes jouèrent beaucoup trop dans leur camp, se contentant d’opérer en contres... mais sans véritable attaquante. Privée de la vitesse de Cousin, avec une Benabdelghani physiquement cuite et une Pourquiès dont la vitesse n’est pas l’atout principal, ajouté à l’absence désormais de la technique, de l'expérience et des ouvertures et renversements millimétrés de Rubio, cette tactique s’avéra sans grand danger pour Saez et la défense nîmoise.

Charline Marcilly et Lugdivine Montagna : on ne passe pas !

Le coup de queue du crocodile

Les crocodiles pressaient, mais Hatchi continuait pourtant à ne pas connaître de réelle frayeur. Pas  un arrêt digne de ce nom à effectuer. Comme depuis le début du match, les joueuses du Nîmes Métropole, connaissant leurs forces sur coups de pied arrêtés, cherchaient intelligemment et obtenaient nombre de coup-francs pour des fautes bénignes, souvent concédées stupidement, en général le long des lignes de touche, leur permettant d’envoyer le cuir dans la surface olympienne, là où elles ne parvenaient à pénétrer balle au pied qu’à très grande peine, voire pas du tout. Et, selon la formule... ce qui devait arriver arriva...

87’ : coup-franc apparemment très généreux accordé à 35 mètres sur la gauche. Élodie Ramos (discrète durant la partie) envoie la balle dans la boîte au premier poteau. Celle-ci est repoussée par une tête, mais retombe dans les pieds de Faure, la défenseure centrale de Nîmes en embuscade au second poteau, qui ne laisse aucune chance de près à Hatchi, profitant d’un relâchement au marquage de Pizzala. Un but finalement assez semblable à celui de l’OM... 1-1... Le crocodile semblait maîtrisé, ses crocs limés, mais on avait oublié de lui attacher la queue...

Après que les Nimoises eurent célébré leur but à la manière d’un titre de championne, l’OM jeta ses dernières forces dans la bataille. Christophe Parra exhorta Madeleine Anigo à se placer aux avant-postes, à côté d’Alicia Pourquiès. Mais c’était fini, le ressort brisé, et pas une ne put reprendre le moindre ballon envoyé inlassablement le temps de quelques minutes additionnelles défilant trop vite. Un dernier coup-franc tiré par Anaïs Hatchi elle-même de 40 mètres ne donna rien, alors que les 21 autres protagonistes étaient massés dans la surface…

 La joie des Nimoises sur leur but laissa place à une autre, digne d’un titre européen. Sans doute fallait-il y voir l'extrême soulagement d’une équipe craignant comme la mort cet OM là, dominée et passée très près de la défaite. Une sorte d’hommage peut-être, que certains jugèrent néanmoins un tantinet déplacé lorsque les murs de leurs vestiaires résonnèrent d’un « Nous sommes en D1 ! ». À quatre journées de la fin ? Pour en être sûres et certaines dès aujourd’hui, il faudrait 13 pts d’avance et non 5. Mais soyons en ce qui nous concerne beaux joueurs, comme le furent les coachs nîmois, lucides sur la domination marseillaise. Nîmes était venu pour ne pas perdre : mission accomplie. Donc, bravo à ces joueuses qui surent rester dans le match, subir sans céder plus qu’il ne fallait, et saisir leur unique chance. Pas un match glorieux, mais un résultat primordial qui a toute la chance effectivement – même si, répétons-le, rien n’est définitivement scellé – de les envoyer en D1. Que pourrait-on leur reprocher ?

Bravo aux Nîmoises, dominées mais non vaincues.

Un immense sentiment de frustration

Du côté olympien, le sentiment qui domine reste bien entendu celui de la frustration. Elles étaient si proches…

Des leçons doivent être tirées, et faisons confiance à Christophe Parra et son staff pour qu’elles le soient. Pas seulement d’ailleurs sur ce seul match. Car ne nous leurrons pas : si l’OM devait rater la montée en D1, ce n’est pas à ses rencontres contre Nîmes (1 victoire, 1 nul) qu’elle devra son échec. Mais aux trois nuls concédés à Nivolas-Vermelle (deux fois) et au FAMF. Sans oublier la défaite surréaliste à domicile devant Claix avec ces trois buts pris en cinq minutes.

Mais au-delà de ces quatre matchs, des questions peuvent aussi se poser : sur l’effectif, avec trois joueuses seulement ayant l’expérience du haut niveau (Pizzala, Rubio, Cousin), et la jeunesse de l’ensemble. Sur cette « Rubio dépendance » si souvent évoquée, aussi. Il est toujours déplaisant de sortir une joueuse du lot dans un sport avant tout collectif, mais comment ne pas faire la constatation que dimanche encore, l’équipe a reculé et subi à partir du moment où sa capitaine est sortie, finissant par prendre ce but qui coûte très, très cher ? Et puis l’absence d’une « tueuse » devant, à l’instar d’une Castera (Toulouse), d’une Moziyan (FAMF), d’une Gauvin, l’an passé (TFC).

Autant de questions à (se) poser tranquillement, avec le seul souci de trouver les réponses adéquates permettant à cette équipe qui déborde de tant de talents, de passer ce cap sur lequel elle bute encore. Ces réponses appartiennent à Christophe Parra, et à nul autre. La façon dont il gère cette aventure depuis bientôt quatre ans avec tous les problèmes rencontrés nous pousse à croire avec fermeté qu’il saura, une fois de plus, trouver les clés.

Ne pas lâcher, rester unies, faire honneur à ses couleurs, surmonter la déception.

Quatre matchs restent à jouer. Même s’il est difficile d’imaginer Nîmes lâcher 5 pts sur les 20 en jeu, on ne sait jamais, le football empruntant bien souvent des voies impénétrables. Quoi qu’il en soit, les Oympiennes ne doivent plus aujourd’hui se préoccuper de leur adversaire de dimanche dernier. La match est passé. Regarder devant, prendre ses quatre prochains matchs comme des finales au cœur desquelles elles se doivent et nous doivent d’inscrire la plus belle des motivations sportives : fierté ! Tout donner, sans regret. Un derby marseillais s’annonce le 19 avril sur le terrain du FAMF. Faut-il en écrire plus ici ?

P.S.

Photos : olympiennesetmarseillaises.com, om.net

Championnat de France de Division 2 - 18ème journée
Dimanche 12 avril 2015 - 15h00

OLYMPIQUE DE MARSEILLE - FF NIMES METROPOLE GARD : 1-1 (1-0)
Marseille (Stade La Fourragère)
Temps chaud - Terrain synthétique
Spectateurs : 300
Arbitres : Cédric Helleboid assisté de Fabrice Porée et Alain Perillier
But pour l'OM : Anaïs M'BASSIDJE 17'
But pour Nîmes : Emma FAURE 87'
Avertissements : Montagna 23', Ben Abdelghani 87' pour l'OM ; Ramos 23', Kouame 75' pour Nîmes
OM : 1-Anaïs Hatchi ; 5-Tess Laplacette, 4-Amandine Blanc, 3-Anaïs M'Bassidje, 2-Lugdivine Montagna ; 6-Charline Marcilly ; 8-Caroline Pizzala, 7-Léa Rubio (cap.) (13-Madeleine Anigo 77') ; 11-Hadia Ben Abdelghani, 10-Alicia Pourquies, 9-Pauline Cousin (14-Cécilia Vignal 65'). Entr.: Christophe Parra
Non utilisées : 12-Camille Perrin, 15-Tania Renda, 16-Marine Fernandez
Nîmes : 1-Delphine Saez ; 2-Tiffanie Aparisi, 4-Emma Faure, 5-Gaëlle Gayton (cap.), 3-Marie Mahistre ; 6-Marine Pervier, 8-Mélanie Bussi (14-Nora Hamou Maamar 64') ; 7-Oura Agnès Kouame (15-Julie Parasme 83'), 10-Zohra Ayachi, 11-Samira Tebbi (12-Sabrina Oumeur 71') ; 9-Elodie Ramos. Entr.: Emmanuel Gros et Gilles Agniel
Non utilisées : 13-Laëtitia Massies, 16-Noémie Cuberes